Major Lazer saccage Johnny Osbourne

Ceci est un billet d’humeur. Ingrédients principaux : Glutamate d’indignation, acide marxiste, arôme E641(mauvaise foi). Peut contenir des traces d’outrage.R-1878969-1249668347.jpegL’autre jour, alors que je vagabondais virtuellement de vidéo en vidéo sur youtube, je tombais sur l’immense Mr. Marshall de Johnny Osbourne, sur lequel je ne pouvais m’empêcher de m’arrêter. Stupide, me direz-vous : quitte à laisser une 3200e écoute du titre, autant caler le LP qui est là, juste sur l’étagère. Mais un commentaire attirait mon attention :  Major Lazer brings me here”. Intrigué, j’effectuais une recherche avec ces mots-clefs  ”Major Lazer” – ”Mr. Marshall”. J’aurais mieux fait de me casser une jambe.

ffrtggfrJe cliquais donc, naïvement, sur le lien que la multinationale Google m’indiquait. Au départ, le choc n’est pas immense : les gars de Major Lazer ont visiblement eu accès à un a cappella et ne font que recycler la punchline de J. Osbourne, innocemment ! Mais quelques secondes plus tard, le drame se produit : débarque alors une espèce de son hybride, strident, agressif. De la techno de karting. Enfin, l’idée est celle-ci : c’est immonde.  Un bruit qui, non content de vous péter les esgourdes dès son entrée, ne va cesser de monter dans les aigus. C’est le saccage, le carnage. L ’attentat musical, de la pornographie. Je pose la question très sincèrement : qu’est-ce qui passe par la tête d’un producteur lorsqu’il décide d’utiliser ce genre « d’instrument » ?

Plusieurs hypothèses viennent valider l’utilisation d’un tel bruit :

  • Vandalisme. Bien conscient qu’ils n’arriveraient jamais à tutoyer musicalement la cheville d’un chef-d’œuvre comme Mr Marshall, les gars de Major Lazer ont simplement choisi de violenter ce morceau qui suscitait leurs frustrations de musicos incompétents.

  • Acte politique. Peut-être se sont-ils dit : Prenons la musique du ghetto, vidons là de sa substance, et transformons là en produit ingérable par la bourgeoisie et vendable dans un supermarché”. Ce ne serait ni la première ni la moins efficace des récupérations par le Capital de formes d’expressions populaires hautement subversives, pour les mâcher et les recracher inoffensives.

  • Raison économique. Les gars de Major Lazer se sont mis d’accord avec un puissant syndicat ORL : eux s’occupent de vous percer le tympan, et l’industrie de l’audition s’engagent à leur reverser une partie des larges bénéfices qui s’annoncent. Rentable.

  • Faute de goût. Dernière théorie, qui serait pour moi la plus grave si elle était avérée : Major Lazer s’est peut-être dit que “ca passerait bien” … A ce stade on ne peut plus rien pour eux.

R-1878969-1249668369.jpegOn me rétorquera peut-être : tu n’envisages même pas qu’ils aient fait ça pour rendre honneur à la chanson originale ?”.  Ce à quoi je répondrais : Peut-être. D’ailleurs tu as raison, je vais aller gribouiller sur La Joconde, par passion pour l’oeuvre”. Le pendant à cette première question sera souvent : regarde, la preuve ! Je n’aurais jamais écouté cette chanson sans eux : Major Lazer brings me here !. Autant le dire tout de suite, le vrai scandale se noue ici. Que Major Lazer saccage un joli morceau, soit, jusqu’ici tout va bien, ils n’en sont pas à leur coup d’essai ; et puis, qui suis-je pour juger de la légitimité de qui que ce soit de s’emparer d’une chanson ? Mais le constat est terrible : pour connaître Johnny Osbourne, le jeune public doit presque irrémédiablement franchir la barrière médiatique Major Lazer. Une engeance internet qui, pour entendre le message poignant d’un sufferer de Kingston, doit se farcir la merde insipide d’un groupe asséné, voire imposé, par la mafia de l’industrie musicale. Un droit de douane en quelque sorte, un péage culturel. Un stigmate de plus de la domination sociale d’une culture sur l’autre. Parce que, plus que pour la liberté d’expression, c’est pour la liberté d’entendre qu’il faudrait se battre dans ce cas précis ; pour la liberté d’entendre la version ghetto d’une chanson avant sa version digérée par la bourgeoisie, pour avoir le vrai avant le faux, la sincérité avant le mensonge ; pour que Johnny Osbourne bring you here, et pas Major Lazer.

Non, s’il fallait voir un seul côté positif à cette “reprise”, ce sont les quelques dollars qu’Osbourne et Jammy ont dû se mettre dans la poche. Je me réjouis que cela arrange (peut-être) leurs conditions matérielles ; mais encore une fois, ce n’est pas la reconnaissance pécuniaire que je leur souhaite en priorité. Vous le savez, “on n’a jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard”.

PS : tout un embarras de principes à 2 balles m’empêche de vous partager ici un lien du Major Lazer sus-mentionné. Voici par contre le morcif initial signé du grand Johnny Osbourne :

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