The Man Next Door

There is a man who lives next door… in my neighborhood

(Essaie de chanter ça en français, tu verras comme t’as l’air con.)

place

Force est de reconnaître, aussi amouraché de la langue de Molière soit-on, que certaines phrases ne peuvent s’énoncer qu’en utilisant le patois jamaïcain. Tenter de les traduire en français, c’est un peu comme essayer d’entrer en vélib sur le périph : c’est pas l’idée du siècle. Tu peux pédaler comme un forcené, ça n’y changera rien : ton véhicule n’est pas fait pour cette route.

Là où John Holt utilise 8 mots, nous nous perdons en conjecture, cherchons la bonne formule et grattons des phrases beaucoup trop longues –comme celle-ci, tu l’as remarquée toi aussi. Difficile donc pour un frankaoui de percer le mystère : comment une punchline si génialement simple a pu devenir un refrain chanté en cœur par des générations de reggae-addicts ? Suivons le Man Next Door pour comprendre.

L’histoire commence en 1968 avec les Paragons (1) chez Duke Reid. Le thème, pour commencer, est universel : les problèmes de voisinages. Des lions dans la savane à Julien Courbet sur TF1 tout le monde le sait, nous rencontrons parfois des problèmes pour nous accorder avec nos semblables. Certaines tentatives d’exprimer cet état de fait sont plus dignes que d’autres, certes, mais passons. John Holt et ses Paragons nous narrent leurs problèmes avec ce Man Next Door qui fait trop de bruit, passe son temps à hurler et s’engueuler, et fait de ce neighborhood un endroit dont il faut get away  pour find a quiet place.

On le sait, 80% de la communication est non-verbale. En musique, et particulièrement en musique jamaïcaine, cette assertion est encore plus vraie : la prosodie d’une chanson est plus importante que le contenu du texte. En d’autres termes, ils pourraient nous chanter le bottin, pourvu que l’intonation – et quelques autres trucs-  y soit, nous ressentirions la tristesse qui se dégage de leur chant. C’est ainsi qu’étrangement, de cette plainte de voisinage s’échappe une profonde nostalgie. Appuyé en cela par l’extrême justesse des harmonies. Le talent dont les Paragons font preuve sur ce morceau est éblouissant. La voix du jeune Holt est épaissie par un backing vocal très en avant. Tout y est, du grave, de l’aigu : je ne pourrais pas vous expliquer pourquoi – moi la musique j’y connais rien – mais c’est absolument génial. On en oublierait presque qu’il parle de son voisin-le-relou.

Pas étonnant donc que Dave Barker s’y essaie. Vous êtes choqué par la voix ? C’est normal, rassurez-vous. Un semblant d’explication nous vient de source bretonne : il paraîtrait que pour modifier sa voix, le Dave buvait de l’acétone. Prêt à tout pour faire un hit, le mec ! Mais, encore une fois, cette information parvient du bout du monde, la Bretagne, alors allez-savoir si c’est pas l’air de là-bas qui fait dire des conneries-pareilles à mon interlocuteur…

La version que tout le monde connait, par Dennis Brown, trop souvent prise pour l’originale. Même toi là, au dernier rang de la classe-reggae, tu la connais. Tu l’as forcément chantonnée une fois. Voilà peut-être une autre explication à ce succès : pardonnez cette expression dégeulasse, mais le refrain est super catchy. En clair, il suffit de l’entendre une fois pour l’avoir dans la tête toute la journée. Quand c’est l’unique argument d’un morceau ce n’est pas gage de qualité ; quand c’est la cerise sur un gâteau déjà délicieux, c’est ce qui en fait un classique.

Côté deeJay, deux versions méritent à mon sens la mention : celle dI-roysortie en face B du Paragons et celle de Doctor Alimantado. Ce choix est totalement arbitraire, mais hé, c’est le jeu. Bien sûr d’autres versions pourraient être évoquées, Massive AttackHorace Andy (et pourtant Dieu sait que je l’adore), U-Roy ou UB40
…mais le 
 –without fillers  leitmotiv de ce blog m’empêche de m’épancher. En plus j’en ai marre d’écrire et je viens de recevoir un disque (c’est pas du reggae, ça te regarde pas ), alors à bientôt !

(1) : A dire vrai, il semble que John ce soit librement inspiré de ce morceau de Garnet Mimms, m’enfin, ça n’enlève rien à ce que je raconte plus haut.

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5 thoughts on “The Man Next Door

  1. Vous avez décidément bon goût M’sieur Jerem !
    A noter que le morceau “A quiet place” de Garnett Mimms a été “versionné” avec bonheur par Winston Francis pour Studio One (sur un 10″ Music Lab)

  2. As always .. un tres bon papier bredda .. 🙂 Et quel morceau !! perso, oui la version que j’ai vu en live par Mr “Sleepy Bassie” backé par Massive Attack fût l’un de mes plus grands frissons certainement … Lov It ..

  3. Pingback: Killers Without Fillers mixtape #8 Timi Love the Reggae | killers without fillers

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