Sir Coxsone : Another piece of musical history… (by Steve Mosco)

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En me levant ce dimanche, je vois passer sur les réseaux sociaux un texte dans lequel Steve Mosco (fondateur de Jah Warrior) rend un hommage vibrant au grand Sir Coxsone sound. Pour plusieurs raisons, j’ai eu envie de lui demander l’autorisation de traduire et publier ici son texte. Pour ceux qui s’en souviennent, il fut une époque où l’on trouvait sur le site de Jah Warrior les histoires les plus épiques de l’âge d’or des sounds-systems : les 34 versions de Kill Nabuchadnezzar de Shaka, les 19 versions Moulding… J’exagère un peu, mais vous avez saisi l’idée. Je dois confesser que ce sont ces fantastiques légendes combinées à l’écoute intensive de vieilles tapes qui ont formé ma névrose sound-system. Je me souviens, même, d’une page qui recensait les 10 dubplates les plus méchantes de l’histoire, avec un sample de 40 secondes de chaque, juste le temps de baver… Voilà pourquoi je traduis/publie : parce qu’on trouve peu de ce genre de témoignage en français et qui’il est nécessaire de les conserver, des les transmettre, de les poser à l’écrit. Même si, entre nous soit dit, je considère que l’écriture internet, virtuelle, tient plus de l’oral que de l’écrit. Mais ça, on en parle une autre fois sur mon blog de philosophie. Bonne lecture !

Another piece of musical history… by Steve Mosco

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De la fin des années 70 jusqu’au début des années 80, lorsque Jah Shaka était à son apogée, peu de sound-systems pouvaient lui résister dans un clash. A cette époque, c’était systématique : chaque fois que deux sounds (ou plus) se rassemblaient, la soirée tournait au clash, que ce soit prévu ou pas. L’un des rares à la hauteur pour se confronter à Jah Shaka était indiscutablement le mighty Sir CoxsoneOn a beaucoup écrit sur Shaka, mais pas tellement sur Sir Coxsone : il était donc temps de célébrer l’héritage de cet immense sound-system.

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Lloydie Coxsone lance le sound dans les années 60 à son arrivée en Angleterre, et l’installe dans le sud de Londres. Coxsone s’affirme rapidement comme le number one sound en Angleterre. Lourd, puissant et mélodieux, tout à la fois. Au début des 70’s, ils dominent la scène et parviennent même en 1973 à décrocher une résidence au Roaring Twenties club, sur Carnaby Street . Il s’agissait là d’une grande percée pour le reggae, à un moment où le West End était un quartier huppé, touristique et commerçant. C’est dans ces années que se construit l’incroyable sélection de dubplates exclusives du sound, grâce aux aller-retours fréquents de Lloydie en Jamaïque, d’où il obtient de la musique directement depuis les studios et producteurs.

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Coxsone, même s’il jouait beaucoup de dub, n’était pas un sound-system dub comme Shaka, dans le sens où il jouait aussi toutes les parties vocales. Ils n’étaient pas non-plus un sound-system strictly roots. Leur sélection était variée, on entendait tous les styles de reggae. Contrairement à Shaka qui opérait son sound seul, Coxsone disposait d’une grosse équipe. Festuspar exemple, est à mon avis le plus grand selector de la scène anglaise de tous les temps. Un sound-man très connu et respecté de Londres m’a dit une fois que ses deux sounds préférés étaient Quaker City et Coxsone, et qu’il avait chaque fois hâte de retrouver Coxsone pour entendre Festus.

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Il y avait dans le crew Coxsone un bon mix d’artistes, de chanteurs et de deejays, comme les désormais célèbres Levi Roots et Bikey Dread. Et d’autres, comme Blacker Dread qui allait plus tard devenir un grand producteur. Ils étaient ce qu’on trouvait de plus proche en Angleterre d’un sound-system jamaïcain. Tandis que Shaka jouait beaucoup de musique made ​​in england, Coxsone se concentrait principalement sur la musique jamaïcaine. Et lors de la visite des artistes jamaïcains à Londres, beaucoup d’entre eux venaient prendre le micro pour Coxsone dans les sessions. Quand Shaka a commencé à se faire un nom au milieu des années 1970, Coxsone dominait sans partage : les deejays de Coxsone étaient très redoutés en clash, et n’hésitaient pas à insulter les challengers. C’est comme ça que les choses étaient à l’époque…

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J’ai entendu Coxsone pour la première fois en 1979 au club Ad-Lib à Nottingham, avec Sir Quantro, l’un des sons locaux. Quantro était un très bon sound, mais ils avaient du mal à suivre ce soir-là. Je me souviens, quand Sir Coxsone est arrivé, Festus a directement donné le ton en lançant «  We ago kick them from corner to corner » ! Ils ont commencé par quelques morceaux qui étaient tout neufs à l’époque, comme le Going the right way par Rod Taylor ou Jah Love Is Sweeter de Lacksley Castell. Puis ils sont passés aux dubplates et se sont montrés impitoyable avec leur adversaire… Je ne me souviens pas du titres exact des dubplates, mais je me souviens de l’impression qu’ils m’ont faite. La qualité de leur sono était excellente, aussi nette dans les aigus que dans les médiums, avec une basse si lourde à certains moments que je peinais à respirer ! Real heavyweight business !

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Certains des gros sounds en Angleterre à cette époque commençaient à produire leur propre musique et leurs propres labels. Lloydie Coxsone s’y était mis depuis un moment avec un certain nombre de labels, comme Safari, Tribesman records et Sir Coxsone Outernational. Il avait produit une sélection variée de musique allant du lovers au roots. Mais ce sont les morceaux roots qui ont retenus l’attention de beaucoup d’autres sounds, y compris Jah Shaka. Le Prophecy de Fabian par exemple, Good Old Days de Ras Midas, Voice of the poor de Fred Locks (avec Levi Roots en DJ sur la face B) ou Africa de Creation Steppers. Mais celui qui est véritablement devenu un hymne est le Homeward Bound du même Creation Stepper, publié en 1980 sur un maxi Nationwide. La première fois que je suis allé voir Shaka, en 81, il l’a joué en dubplate, et le sound-system d’en face aussi, dans d’autres différentes versions dubplates. C’était un morceau aux proportions épiques, un steppers très appuyé avec de majestueuses lignes de cuivres. Le regretté Creation Stepper y interprète un chant poignant autour de l’un des principes centraux de Rasta : la repatriation, nécessité pour les descendants d’esclaves déportés de quitter Babylone et retourner à la mère patrie Afrique. Je l’ai entendu depuis des dizaine de fois en session, mais le sentiment de le découvrir en live à l’époque de sa sortie ne pourra être dépassé. Another piece of musical history…

Steve MOSCO [Jah Warrior]

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