They throw I in the fire, but I never got burn

Logo KWF Pierre AudemardDeux ans. Deux ans que Killers Without Fillers mène sa barque et navigue à vue dans les eaux troubles des internets. Je dois avouer que, malgré tout le plaisir que je prends à piloter ce navire, l’expérience a de quoi décourager. La désagréable impression de brasser de l’air virtuel. De jeter des bouteilles à la mer numérique. De noyer un post chaque fois que j’en publie un autre. Ça fout un vertige monstre.
Alors pourquoi continuer ?
Et bien, pour plusieurs raisons. D’abord parce que c’est beaucoup mieux quand ça n’sert à rien, évidemment. Ensuite parce que je caresse l’espoir – quand même – que ces tentatives ne soient pas totalement vaines, et qu’elles traduisent pour ceux qui les lisent un peu de l’humaine chaleur qui émane de la plastique froideur des disques vinyles. Enfin, last but not least : parce qu’au prétexte de ce blog, j’ai discuté avec Errol Dunkley. Et ça, c’était bieng.

290337035913Pour célébrer l’accession de ce blog à l’âge canonique de deux ans, je voudrais vous présenter l’une des chansons préférées de son auteur, aka de me, I&I et myself. Le genre de morceau qui a transformé la relation amicale que j’avais avec cette musique en relation amoureuse obsessionnelle. Et je vous le donne en mille : il s’agit d’un morceau d’Errol Dunkley : To Hell and Forward.

Procédons par étapes. D’abord, écoutons ce qu’Errol Dunkley himself en dit :

En substance, Errol raconte dans cet extrait que la chanson fut écrite en Angleterre autour d’un riddim qu’il avait lui-même ramené de Jamaïque. En l’occurrence, et là c’est moi qui l’ajoute, il s’agit du riddim black arkien de Clive Hylton : Judgment day. La version qu’Errol embarque sur la Perfide Albion semble être celle remaniée pour Leroy Smart, World of hatred (supposément toujours au Black Ark). On retrouve également sur cette instru deux Al campbell : Take these shackle et Natty Dread Bandwagon – les deux sur des pressages Sunshot bien dégueulasses. A vrai dire, le pressage de To Hell and Forward, aussi magnifique soit le 12inch, n’est guère meilleur en termes de qualité : on sent bien que la voix est un overdub1. Ça fait beaucoup d’infos à ingurgiter, alors je vais vous laisser reprendre votre souffle, et sauter une ligne.

” Yes, they throw I in the fire, but I never got burn “

L’une des particularités sur laquelle Errol insiste, c’est que le riddim n’a pas été composé spécialement pour ce vocal. Non, sur ce coup-là, Errol a dû se contenter d’un riddim qui existait déjà, et construire sa chanson autour. Vous me direz, il a eu la main heureuse – et l’oreille avertie – au moment de choisir sur quel instrumental poser son vocal… (ce qui soit dit en passant est une constante dans sa discographie).

Pour moi, outre la puissance du riddim, tonneau deepest black-ark, le génie de la chanson réside dans cette punchline : « Yes they throw I in the fire / But I never got burn. ». Et encore, ‘punchline’ c’est un euphémisme pour une sentence pareille. Cette phrase répétée avec émotion par Errol est devenue un mantra pour moi. Comment ne pas s’identifier ? Une société qui ne vous convient pas vraiment (le feu dans lequel on vous jette), la sensation de résister, au moins intellectuellement (never got burn). Je n’vais pas vous faire un dessin, d’autant que ça m’embêterait de vous priver de l’interpréter autrement. Mais ça me parait limpide.

Jah+StitchDerrière cette immense partie vocale, Jah Stitch [ici orthographié Steach] enfonce le clou. Le DeeJay semble presque “sonné”, “hagard”, “possédé” par la violence du riddim. Choisissez le qualificatif qui vous plaira, mais on le sent dans un état second : et franchement, on n’a pas de mal à le rejoindre dans cet état après 9 minutes de cet abyssal morceau. Darkest roots  music.

1) j’anticipe la question : un overdub c’est quoi ?
2) le logo en haut de l’article est une réalisation de Pierre Audemard, l’un des illustrateurs de l’excellent I-leaf : check his work !

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5 thoughts on “They throw I in the fire, but I never got burn

  1. C’est vrai qu’il y a qqch avec la bass line du Forward Jah Jah Children mais pour moi c’est 2 riddim différents.

    Sinon la punchline vient directement de l’histoire Biblique de Shadrach, Meshach et Abednego.

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