Interview | Fruits records

11406462_1439035526402621_328331855271564244_n Lorsqu’un nouveau label débarque avec, pour première parution, l’album d’un vétéran jamaïcain, muet depuis 30 ans, et auteur de chansons imprimées dans la mémoire collective des reggaephiles, forcément, il se fait remarquer. C’est ce qu’on fait les suisses de Fruits Records (émanation du Najavibes band), en avril dernier, en sortant de l’oubli le sino-jamaïcain I-Kong (aka Ricky Storme) avec un album définitivement roots, A little Walk. Le soufflé n’a même pas le temps de retomber que le label annonce déjà sa prochaine sortie : un single cette fois, maxi 45 même, des légendaires Viceroys ! Rien – que – ça. Mathias Liengme, claviériste des Najavibes, et membre fondateur du label m’a raconté l’histoire de ce nouveau venu sur la scène reggae-revival.

I-Kong-CoverArtwork-525x525INTERVIEW

Peux-tu commencer par présenter Fruits Records?

Fruits records est un label monté par 4 musiciens genevois, Antonin Chatelin le batteur, Leo Marin guitariste, Quentin Chappuis bassiste, et moi Mathias Liengme au piano. Nous sommes partis ensemble en Jamaïque en septembre 2014 avec un but : enregistrer un disque là-bas, un showcase avec I-Kong. C’est le A little walk que vous avez pu entendre ces derniers-temps. Une fois ce premier disque enregistré nous avions besoin d’une structure pour sortir tout ça, et surtout envisager le futur. Et c’est comme ça qu’est né Fruits Record.

Fruits Records c’est donc un label tout jeune qui date de cette sortie, de cet enregistrement avec I-Kong, mais je me suis laissé dire que votre activité dans la musique n’avait pas commencé avec ce disque.. Vous êtes les Najavibes c’est ça ?

Oui voilà exactement. C’est un groupe qui a déjà une quinzaine d’années, même s’il y a eu quelques changements de membres récemment. Mais il y a eu un passé assez glorieux, avec une grosse prestation notamment au Montreux Jazz Festival, puis backing-band dans toute l’europe avec Prince Alla, Sylford Walker, Earl 16 (et pleins d’autres…), on a joué aussi en Afrique. Donc oui, jeune label mais avec déjà une certaine expérience.

Et Fruits Records c’est la concrétisation de tout cette expérience ?

Oui, concrétisation, c’est même une nouvelle direction, reprendre un peu ce côté backing-band, production avec des jamaïcains, et en ayant une ligne directrice assez précise, la volonté de travailler un son à l’ancienne et d’être dans cette veine 70’s – 80’s.

R18A3368

Et donc tu me disais, vous êtes partis en Jamaïque pour enregistrer ?

Voilà, nous sommes partis en septembre 2014. On est allé à Mixing Lab à Kingston. On a fait un jour de studio là-bas, on a enregistré en réalité 8 riddims, dont 6 qui étaient pour I-Kong. Et le lendemain on a retrouvé I-Kong à Small Word Studio chez Gaylord Bravo, la bonne connexion s’est faite instantanément. Puis on a passé deux jours où il a voicé les morceaux, et en 5 jours l’album était terminé. On a rajouté après des cuivres, des guitares, et des percussions, avec Scully Simms notamment…

Classe ! Ca doit être sympa d’avoir Scully sur son disque !

Oué c’est clair, puis surtout de rencontrer ce personnage, de le côtoyer un peu. C’est un aveugle de 80 ans, qui a joué sur à peu près 80% de la musique jamaïcaine (rires) Donc oui effectivement c’était une belle rencontre

 

Vous avez composé les morceaux là-bas, avec l’aide d’I-Kong, ou vous êtes arrivés avec des riddims déjà construits, prêts à être enregistrés ?

On avait quelques idées, quelques ébauches faites en Suisse, mais l’arrangement s’est fait entièrement là-bas, c’était vraiment la vibe du moment, spontanée. Mais I-kong n’était pas présent quand on a enregistré les riddims, donc en fait on lui a proposé des compositions qui sont vraiment du groupe, et lui ensuite s’est adapté à merveille à ce qu’on a fait.

Et lui comment il a réagi quand il a vu des européens arriver et lui proposer un album de reggae-roots à l’ancienne ? Il a tout de suite accepté ?

Ce qu’il raconte maintenant, c’est que quand on l’a appelé il n’était pas intéressé. Nous on ne s’en ait pas rendu compte sur le moment, on l’avait eu au téléphone, ça s’était plutôt bien passé. Il se demandait comment des jeunes suisses pouvaient venir jouer du reggae, comment ça sonnerait, donc il était plus que dubitatif. Et il a téléphoné à Horsemouth, avec qui on a beaucoup joué en Suisse et en Europe, et Horsemouth lui a dit que ça valait la peine, qu’on savait ce qu’on faisait, et donc qu’il fallait le faire. C’est pour ça qu’il a accepté de venir.

Leroy Horsemouth Wallace a été votre caution en fait, y’a pire !

Auprès d’I-Kong oui !

R-1211110-1406025653-2320.jpeg

Comment vous avez pensé à I-Kong ? A priori c’est pas le premier nom auquel on pense, ça va pas de soi..

Effectivement ça n’va pas de soi. En fait nous sommes des grands fans de son album The Way it is, et un jour on faisait une liste d’artistes avec lesquels on aimerait travailler, en regardant dans nos disques et tout, et on a repensé à lui. Et il se trouve que le gros avantage, et en même temps le risque, c’est qu’il n’avait rien fait depuis 30 ans. Contrairement à d’autres artistes, qui sortent encore des choses, qui tournent beaucoup, on avait là un artiste qui n’était jamais venu en Europe, qui était pour ainsi dire nouveau, et avec qui on pouvait construire quelque chose. Le pari c’était « est-ce qu’il sait encore chanter ? », « est-ce qu’il a encore sa voix », en fait on était même pas sûr qu’il soit vivant, ou qu’il habite à Kingston. Arrivé là-bas on a cherché son numéro, on a demandé autour de nous, personne ne l’avait, il était introuvable… et en fait, c’est sur facebook qu’on a trouvé un numéro pour le contacter ! [and the rest is history]

C’était la première fois que vous enregistriez en Jamaïque ? CA doit foutre la pression pour des européens d’enregistrer un album de reggae en Jamaïque ?

Certains d’entre-nous avaient déjà des expériences personnelles d’enregistrement là-bas. La pression, oui et non. A vrai dire la pression est beaucoup plus grande quand on joue avec des légendes, qui ont trois fois notre âge, que quand on est entre nous, même en Jamaïque. L’atmosphère était propice à la création musicale. Y’avait une certaine pression, parqu’il fallait que ça marche, mais sur le moment tout s’est fait très naturellement.

Vous savez comment il a été reçu cet album en Jamaique ?

Pas vraiment, au moment de la sortie, I-Kong était en Europe avec nous pour la promo. En tout cas les vieux musiciens ont été assez impressionné par le disque, notamment Sly Dunbar, Lloyd Parks et Robbie Lyn qui ont salué l’album. C’est le plus beau compliment qu’on pouvait avoir.

Et alors cette deuxième sortie, qui m’a poussé à décrocher le téléphone et vous appeler : The Viceroys – Trod on. Toujours aussi bien, d’un point de vue perso j’ai même envie de dire que c’est encore bien meilleur. Comment ça s’est passé, les Viceroys étaient aussi sur votre liste de collaboration rêvée ?

Pas tout à fait, en fait après les 6 riddims de l’album d’I-Kong à Mixing Lab, il nous restait du temps de studio, alors on s’est dit « on essaye de faire quelque chose » et on a enregistré deux riddims en une prise, qui sonnaient plutôt pas trop mal. Et quelques jours après on était à Small Word, et Prince est venu nous rendre visite, parce qu’on a beaucoup joué avec lui ces dernières années. Il était là, on avait ce riddim, alors on s’est dit faisons quelque chose. Même histoire pour les Viceroys, le chanteur principal des Viceroys, Bobo, passait un jour au hasard au studio, et s’était l’occasion idéale pour l’enregistrer sur le riddim.

Tu me parles de Bobo : est-ce que c’est le surnom de Wesley Tinglin ?

Non pas du tout, en fait Wesley Tinglin est le leader du groupe, il a écrit quasiment toutes les chansons depuis le départ jusqu’à aujourd’hui, dont le Trod on, mais il chante rarement en lead. Le premier chanteur des Viceroys a été Bunny Gayle, et ensuite y’a eu donc Bobo, et aussi Norris Reid.

Viceroys-We-Must-Unite

Et c’est Bobo qui chante le lead sur Heart Made of stone par exemple ?

Oui, Heart made of stone, we must unite, love is a key, toute cette période eighties des Viceroys.

Et je crois savoir qu’ensuite vous avez fait mixer tout ça par Roberto Sanchez ?

Oui tout comme l’album d’I-Kong, on a tout fait avec lui. On l’a rencontré au Garance Festival l’année passée, on jouait avec Cedric Mytons juste après lui, et on s’est rencontré dans les backstages, on a sympathisé. Et quand on était en train d’enregistrer en Jamaique on s’est dit « Il faut que ce soit lui qui mixe ». Voilà, et lui a beaucoup apprécié le projet, puisque c’est la même démarche que la sienne, à vrai dire directement inspirée de la sienne, on est des grands fans de son travail. On a finalisé les mixs avec lui dans son A-Lone Ark studio, on a passé du temps avec lui, on a beaucoup appris, c’était un plaisir autant humainement que musicalement.

artworks-000119321034-3aqatw-t500x500

Cette seconde sortie, contrairement à la première, est un 12inch maxi, et on comprend pourquoi : elle devrait cartonner en sound-system cette chanson !

Oui absolument ca a été calculé pour le sound system, même dans le mix, tout à été fait pour. Parmi nous il y en a aussi qui ont des sound-systems, qui sont selectors, y’a une passion pour ça. Puis sortir un maxi 12inch…voilà, on s’est fait plaisir. C’était le format le plus approprié pour ce morceau qui devrait en effet bien sonner sur un gros system.

Les futurs projets de Fruits Records ?

On a une grosse sortie prévue en septembre-octobre. Un disque qui a été enregistré en réalité il y a deux ans. Avec Horsemouth Wallace, Chinna Smith, Lloyd Parks et Sangie Davis. On en a pas encore parlé mais ce disque est fini depuis 2 ans. On a reformé en quelques sortes un groupe à part entière, dans lequel c’est eux-même qui chantent… donc de grosses surprises à venir. Deux-trois mois de patience et ça arrivera.

Merci

 

Advertisements

One thought on “Interview | Fruits records

  1. Pingback: Ces chinois qui ont fait le reggae | Killers Without Fillers

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s